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La Famille Bélier ou comment ne pas faire un film avec des personnages Sourds

2014-12-24

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Le but de cet article est d’analyser les problèmes relatifs au film « La Famille Bélier » plus profondément, suite à mon premier article. Si vous souhaitez lire ma critique du film lui-même, cliquez ici.

Après avoir écrit mon premier article il y a quelques jours, je suis allée voir « La Famille Bélier ». Entre temps, d’autres articles (en plus de ceux qui étaient déjà en ligne au moment de mon article) sont apparus et ont critiqué le film pour les mêmes raisons que moi.

D’un autre côté, un grand nombre d’articles ont publié des avis positifs sur le film, n’étant soit pas conscients du contexte plus global dans lequel il s’inscrit, ou décidant d’ignorer ce contexte en partie ou entièrement. L’article de Rebecca Atkinson (en anglais) pour The Guardian a même été commenté négativement comme étant du « French bashing », et beaucoup la considèrent trop sévère. TF1, Le Figaro, 20minutes, Actu-mag ou Premiere.fr ont par exemple repris cet article. J’avoue que j’ai trouvé assez intéressant de voir combien de journaux ont réussi à faire un nouvel article en reprenant simplement les propos de Rebecca Atkinson et en rajoutant quelques phrases signifiant « oh, ce que les anglais sont vilains avec nous ! », sans se poser plus de questions.

J’ai décidé d’écrire plus sur le sujet car j’ai l’impression que les journalistes et les membres du public se méprennent sur les problèmes présents dans la réalisation de « La Famille Bélier » et je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à dire. C’est important car on n’a pas fini d’entendre parler de ce film étant donné qu’il a déjà été acheté à l’international.

Rebecca Atkinson est considérée comme trop dure et elle est britannique donc son opinion est vue comme insignifiante. En ce qui concerne les Sourds français, l’opinion la plus souvent partagée est celle de Viguen Shirvanian, qui travaille dans l’industrie du cinéma. Son interview encense le film tout en considérant ses défauts. Cette opinion est assez mesurée en un sens et ne se mouille pas trop. Bien sûr, il se peut que ses propos traduisent parfaitement ses pensées. Cependant, on se doute qu’un avis trop tranché pourrait lui causer des problèmes professionnellement. Que dire des autres Sourds français qui critiquent le film, tels que Yann Cantin? Ils sont tout simplement étiquetés comme des « radicaux », « une minorité », et restent anonymes (Emmanuelle Laborit a cela dit été citée disant que les acteurs signent comme des cochons).

Je ne suis pas trop sûre de ma position au milieu de tout ça : je suis entendante, je suis française, et j’écris avec la perspective d’une étudiante en doctorat dans la discipline des études sur les Sourds. Néanmoins, ayant passé plusieurs jours à être assez obsédée à propos de ce film, il faut que je couche toutes ces pensées sur papier.

Alors, à propos de l’accessibilité…?

Bien qu’il ne soit pas possible de vraiment comparer « La Famille Bélier » et « Marie Heurtin » puisqu’ils ont des sujets et des buts si différents, il EST possible de les comparer au niveau de l’accessibilité, et j’ai fait un peu de recherche sur ce sujet. Parlons chiffres. J’ai compté 39 séances sous-titrées en prenant en compte tous les cinémas de Paris, entre le 17/12/2014 et le 24/12/2014 (première semaine d’exploitation). Ceci inclut une avant-première. Pour comparer, les cinémas Gaumont & Pathé à eux seuls montraient le film 43 fois chaque jour à Paris. Ils ne montrent le film sous-titré que le jeudi et le samedi, donc ces jours-là il y a 38 séances non sous-titrées et 5 sous-titrées.

Prenons les cinémas UGC. Sur la France entière, j’ai compté que 34 cinémas offrent en tout 203 séances journalières. Aucune séance n’est sous-titrée le week-end, mais 29 de ces cinémas offrent une séance sous-titrée le vendredi et le mardi de cette si importante première semaine. Cela veut dire qu’ils auront montré le film 1 363 fois sans sous-titres et 58 fois avec sous-titres. Vu les chiffres montrés sur CinéST un super site qui regroupe les séances de cinéma sous-titrées en France, on peut s'attendre à des situations similaires un peu partout.

Éric Lartigau a parlé des avant-premières sous-titrées pour les Sourds et malentendants. Regardons ces chiffres (Fr). On peut compter 8 avant-premières sous-titrées avec l’équipe du film, et 19 non sous-titrées. Vidéo bonus : regardez Luca Gelberg parler de ces séances en LSF. J’aime bien Luca Gelberg.

Tout ça pour dire : être entendante était une nécessité lors du visionnage de ce film puisque je l’ai vu un lundi matin. Au vu des séances sous-titrées proposées, on dirait que les Sourds ne vont au cinéma qu’en semaine entre 13h et 15, de façon générale. Pas besoin d’être fort en maths pour le film Marie Heurtin. Toutes les séances étaient sous-titrées, sans exception.

Acteurs entendants : et alors ?

Pourquoi c’est un problème.

J’ai l’impression que très peu de personnes s’accordent à dire que c’est un problème…

Le truc, c’est que des personnes entendantes qui se retrouvent sur le devant de la scène et utilisent de la langue des signes de faible qualité est une affaire récurrente. Rien que l’été dernier, les internautes se sont émus de Paul et Tina faisant du chant signé dans leur voiture en langue des signes américaine. Suite à cela, ils ont essayé d’utiliser leur notoriété pour récolter de l’argent afin d’enseigner la langue des signes américaine, au lieu d’essayer de rediriger cette notoriété vers des artistes Sourds, qui ont souvent du mal à se faire connaitre. L’autre jour, j’ai lu une discussion sur Facebook où une enseignante de langue des signes se plaignait de ne pas pouvoir trouver d’exemples de natifs utilisant la langue des signes afin de les montrer à ses étudiants Sourds, car elle ne faisait que tomber sur des entendants qui faisaient de l’approximation.

C’est tout simplement de l’appropriation culturelle, comme l’explique Deafwordsmith (en anglais). Purement et simplement.

Peut-être qu’il n’y avait aucun acteurs Sourds ?

Pour commencer, s’il n’y avait pas d’acteurs Sourds pour jouer ces rôles, la première question serait plutôt : pourquoi ?

Deuxièmement, le réalisateur Éric Lartigau l’explique volontiers (p.5) : il n’a même pas essayé de trouver des acteurs Sourds. Cela faisait un moment qu’il voulait bosser avec François Damiens et Karin Viard et les a imaginés dans ces rôles dès la première lecture du script. À partir de là, ses explications ne sont que des arguments décidés après coup, sachant que des explications lui seraient demandées, et elles ne me convainquent pas.

Mais peut-être qu’ils ont fait du bon boulot ?

Imaginons qu’avoir des acteurs entendants pour jouer des personnages Sourds soit acceptable. Jetons donc un œil à la formation que ces acteurs ont suivie afin d’être capables de communiquer uniquement en LSF dans le film (dans le cas de Karin Viard et François Damiens, les parents) ou en partie (Louane Emera, leur fille entendante).

Louane Emera et Karine Viard ont appris leur LSF via Alexeï Coïca, un enseignant de LSF Sourd. François Damiens a eu Fabienne Leunis comme enseignante. Il a été mentionné qu’ils ont eu des cours intensifs, de 4 à 5 heures par jour, afin d’apprendre les bases de la LSF puis leurs dialogues dans le film. Parfois il est dit que ce processus a duré 4 mois, parfois 6, donc dur à dire.

François Damiens a admis qu’il avait sous-estimé le travail nécessaire au début, et Éric Lartigau a même été obligé de l’appeler alors qu’il était en mer, car il était inquiet de voir que François ne prenait pas sa préparation assez au sérieux.

En ce qui concerne Karin Viard, elle a dit dans une interview (pas de sous-titres) qu’il avait fallu changer certains signes car elle avait trop de mal à les effectuer, manquant de dextérité. Dans cette même interview, elle parle de devoir apprendre à faire jusqu’à 80 signes d’affilée, ce qui me semble ignorer la grammaire et la structure de la langue et suggère que la LSF n’est qu’une suite de signes les uns après les autres.

Je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations sur la préparation qu’a suivie Louane Emera, mais elle a reçu beaucoup de compliments parce que « son travail sur le film était plus dur ». En effet, elle devait parler et signer en même temps. Grande nouvelle : son boulot n’aurait pas été aussi dur s’ils avaient décidé de faire les choses différemment. Oui, parfois certaines personnes signent et parlent en même temps, mais je serais curieuse de savoir combien de personnes feraient cela en étant en compagnie de Sourds uniquement. Je me demande aussi combien de personnes récapitulent ce qu’une personne vient de dire avant de répondre (la LSF dans le film n’est sous-titrée que lors de certains moments clés, et on voit souvent Paula dire plutôt par exemple « tu dis que […] » avant de répondre).

Pendant le tournage, Alexeï Coïca et Jennifer Tederri (une interprète) confirmaient que la LSF était bonne lors de chaque prise de vue, avant de passer à la suivante. Je me hasarderai à suggérer qu’il y a des chances que c’eut été un « oui, la LSF est acceptable pour quelqu’un qui n’a eu qu’un temps limité pour apprendre la LSF, et c’est le mieux que nous puissions faire dans notre limite de temps », si l’on considère qu’il a été rapporté que des Sourds ont eu besoin de lire les sous-titres pour comprendre, en plus de ceux qui ont commenté sur la mauvaise qualité de la LSF présente dans le film de façon générale.

Quels avantages aurait-on eu en prenant des acteurs Sourds ?

En plus du fait que c’est tout simplement la meilleure chose à faire, avoir des acteurs Sourds aurait signifié que la LSF présente aurait été de qualité. Que penseriez-vous d’un film où un tiers des dialogues sont baragouinés dans un français approximatif avec un accent à couper au couteau alors que le personnage est supposé être français ? Même si l’acteur était George Clooney, je doute que nous trouverions cela super et réaliste.

Éric Lartigau a dit dans un débat avec le public (pas de sous-titres) qu’il ne voulait pas raconter une histoire de Sourds, mais montrer que l’intégration des Sourds dans la société est difficile et une souffrance. Clarifions au moins une chose : il y a des Sourds dans l’histoire. C’est donc une histoire de Sourds (et une histoire de parents, de fermiers, et toutes leurs autres caractéristiques).

Parlons chiffres. Lorsque je suis allée voir « Marie Heurtin » et « La Famille Bélier », j’ai chronométré quelques éléments. Bien sûr, ces chiffres sont à prendre avec prudence puisque je ne pouvais pas trop réfléchir ou stopper le film pour être complètement précise.

La Famille Bélier (1 heure 45) Marie Heurtin (1 heure 35)
LSF à l’écran 27 min 17 sec
(Karin Viard (E), François Damiens (E), Louane Emera (E), Luca Gelberg (S), Bruno Gomila (S))
15 min 7 sec
(Ariana Rivoire (S), Noémie Churlet (S), Isabelle Carré (E))
Parents Sourds à l’écran (au total, avec ou sans LSF) 35 min 33 sec
(Karin Viard (E), François Damiens (E))
N/A
Acteurs Sourds à l’écran (temps total, avec ou sans LSF) 16 min 28 sec
(Luca Gelberg, Bruno Gomila)
1 hour 8 minutes
(Ariana Rivoire, Noémie Churlet)

Comme vous le voyez, pour un film qui n’est « pas une histoire de Sourds », les personnages Sourds passent sacrément de temps sur notre écran. Malheureusement, un tiers seulement de ce temps nous montre un acteur qui est Sourd et utilise la LSF dans la vraie vie (et une grosse partie de ce temps est en fait Luca/Quentin présent, sans avoir forcément un gros rôle dans la scène). Avoir des acteurs Sourds aurait montré des acteurs Sourds pendant tout ce temps-là. Si l’on considère à quel point Joël Chalude a eu du mal à pouvoir diffuser son film en France, ça aurait été un sacré évènement.

Une promesse d’ouverture sur les Sourds.

Certains disent que la promesse que ce film montre une ouverture sur les Sourds devrait être assez pour juger ce film comme acceptable. Je me suis donc dit qu’il serait intéressant de voir les effets de cette ouverture. Je me suis limitée à quelques éléments et interviews car j’aurais pu continuer encore et encore.

Les connaissances du directeur du film (Éric Lartigau).

Sources : interview (Fr) et discussion avec le public (Français parlé seulement).

« Je veux montrer que nos différences ne sont pas remarquables, on doit arrêter de se concentrer sur les différences » (en gros, dit avec une voix agacée). Voilà une phrase facile à dire lorsqu’on est dans une position privilégiée (ce qu’il ne semble pas réaliser). Pour moi, dire que nos différences ne sont pas remarquables diminue les expériences et barrières auxquelles les Sourds font face dans leur vie de tous les jours, parce qu’ils vivent dans une société qui ne fait pas d’efforts. En quelque sorte, cela sous-entend qu’il faut considérer les Sourds comme étant exactement comme les entendants afin de voir leur valeur.

Éric Lartigau adore faire des généralisations. Les Sourds sont très directs. Ils sont même un peu trop francs. Ne pas pouvoir entendre la musique est une terrible interdiction. Les Sourds sont très déterminés. Ah et puis la LSF est une langue riche mais « chaque personne a son propre style » (comme les langues parlées en fait c’est ça ?!). En plus, il n’arrive pas à se décider sur la façon de les appeler : malentendants (alors qu’il veut dire sourd), sourd-muet, Sourd… ça dépend de l’humeur du moment.

Et puis rappelons-nous… voilà la personne qui ne voit AUCUN problème avec l’idée de choisir des entendants pour jouer des Sourds à l’écran, alors même qu’il est souvent mentionné qu’il était terrifié à l’idée de mal faire. Il a bien dit qu’il « comprend les radicaux qui ne sont pas d’accord », mais malgré tout ne souhaite pas revoir son opinion.

PS : pour parler des entendants, il a utilisé le terme « nous les grandes oreilles ». C’est bonus.

Les connaissances de Karin Viard (qui joue Gigi, la mère Sourde).

Sources: The Independent, Le Petit Journal (Fr<->LSF si vous avez de bons yeux, pas de sous-titres), Allociné.fr (Fr, pas de sous-titres).

Karin Viard aime bien parler, et elle dit souvent des bêtises.

« Les Sourds sont comme des clowns expressifs »… rien à ajouter.

« Les Sourds sont nés et grandissent avec la langue des signes, donc ils ont beaucoup de dextérité alors que j’ai eu du mal avec certains signes ». Karin Viard n’a apparemment aucune idée du nombre d’enfants Sourds qui ne reçoivent aucune éducation en langue des signes alors que leurs parents le souhaitent, y compris dans notre propre pays.

« Les Sourds ont moins de mots que nous ! » Je crois qu’elle voulait peut-être dire que pour certains signes on utilise les expressions du visage plutôt que d’ajouter des mots (par exemple pour dire à quelle vitesse on conduisait), mais à moins de le savoir cela donne l’impression d’une langue appauvrie.

« Il y a une langue des signes par pays. C’est absurde. » Je ne comprends pas qu’en ayant passé 6 mois avec un prof Sourd (d’un autre pays en plus), le sujet ne soit pas venu sur le tapis… Karin n’a aucune idée de ce qu’est UNE LANGUE. Certes, c’est un commentaire souvent entendu de la part de personnes qui n’ont eu aucun contact avec la LSF et les langues des signes, mais elle devrait en savoir un peu plus…

Les connaissances de François Damiens (qui joue le rôle de Rodolphe, le père Sourd).

Sources: comme au-dessus.

François, François, François. Déjà, Damiens n’arrive pas à s’empêcher d’utiliser le terme « sourd-muet », alors qu’il a joué avec un acteur Sourd qui parle dans le film…

« C’est une famille de sourds-muets, C’est comme avoir un frère qui a perdu une jambe ou qui ne voit pas, on l’oublie très vite ». Ici encore, la surdité se doit d’être oubliée afin de considérer les Sourds comme étant « normaux » et membres de la société. Pourtant, on pourrait penser qu’il est assez pratique de se souvenir que quelqu’un n’entend pas afin de pouvoir communiquer de façon efficace (en anglais). On me dira peut-être que j’interprète de façon exagérée mais il a aussi dit « ils rient autant que nous, parlent autant que nous, et sont aussi évolués que nous ». Merci du rappel ?! Il a aussi dit que « nous sommes tous plus ou moins handicapés, le handicap de certains se voit simplement plus ». Non, François, non.

Enfin, Damiens et Viard ont tous deux admis qu’ils ont complètement perdu leur LSF, un an après le tournage. Cela montre que toute LSF apprise n’a été que du bachotage, bachotage, bachotage, avec aucune connaissance de la culture ou de l’histoire des Sourds ajoutée. Aucun désir non plus d’en savoir plus, contrairement à Louane Emera (voir en-dessous), ou Isabelle Carré qui a joué dans Marie Heurtin.

Les connaissances de Louane Emera (qui joue Paula, la fille entendante).

Je n’ai pas trouvé tant que ça concernant les connaissances de Louane Emera, à part ce dont j’ai déjà parlé. Le fait qu’elle a applaudit avec enthousiasme après avoir entendu quelqu’un dire qu’avoir des acteurs entendants est acceptable suggère qu’elle n’y voit pas de problème non plus.

Néanmoins, elle est la seule qui a continué à apprendre la langue des signes francaise (qu’elle présentera comme option au baccalauréat). Elle est proche de Luca et lors d’interviews on lui en a parlé, car elle discutait avec lui durant le visionnage de la bande-annonce.

L’avis de Luca Gelberg.

Certes, je viens de montrer une ribambelle d’éléments qui montrent selon moi un manque de connaissances de la question sourde. Il n’empêche que Luca Gelberg s’est exprimé positivement (Fr<->LSF, pas de sous-titres) sur ces acteurs. Je n’essaie pas de dire que ceux qui ont travaillé sur le film essaient consciemment d’opprimer les Sourds. Cela dit, c’est via ce qu’ils disent à propos de leur expérience et des informations qu’ils propagent en interview qu’ils perpétuent un système oppressif, alors qu’ils devraient pouvoir éviter cet écueil. Dans les quelques interviews que j’ai vues avec Luca, on ne lui pose pas vraiment de questions sur la LSF ou sur son identité de Sourd. À la place, ce sont les acteurs entendants qui deviennent des ambassadeurs, et c’est un problème, surtout quand ils racontent des choses fausses.

La surdité dans les médias.

Les journalistes qui ont parlé du film ne sont pas exempts de ce manque de connaissances Pour commencer, ils ne savent pas comment appeler les Sourds (et comment le leur reprocher quand ceux qui ont bossé sur le film ne sont pas sûrs non plus !).

Ils ne savent pas non plus comment appeler la LSF. Un langage est notre capacité à communiquer. Cette capacité s’exprime via des langues telles que l’anglais, le français, la langue des signes britannique, la langue des signes française… En gros, le terme à utiliser est bien la langue des signes française. Or, les médias parlent souvent de langage des signes français, ce qui est erroné et suggère que la LSF n’est pas une langue à part entière mais un simple « système » aussi évolué qu’un « langage informatique ».

Ils insistent aussi beaucoup sur l’idée de Paula comme « l’aide », « l’interprète », comme si ses parents ne pouvaient pas se passer d’elle. La couverture médiatique sur le film passe complètement sous silence le contexte social dans lequel les Sourds évoluent ainsi que notre long et lourd passif qui contribue à les opprimer. J’ai lu pas mal d’articles sur le film et je n’ai pas vraiment vu de dialogue s’ouvrir sur ce sujet. Les Sourds n’ont pas besoin de leurs enfants pour les aider parce qu’ils sont Sourds, mais parce qu’il y a un manque d’interprètes, parce que le téléphone est encore bien souvent l’unique moyen de contacter certains organismes, et ainsi de suite. Du coup, les membres du public ne sont pas encouragés à réfléchir à tout cela et une opportunité est manquée.

Conclusion.

J’espère que ce second post aide à clarifier mon opinion. Est-ce que je me sens mal pour avoir parlé si négativement d’un film qui a enthousiasmé toute la France ? Oui, un peu. Je n’ai pas envie de critiquer le boulot des autres. J’ai cependant essayé de parler d’aspects positifs qui, je pense, auraient pu être développées. De plus, je n’essaie pas d’être négative juste pour le plaisir. J’espère que quelques personnes réaliseront que je n’ai pas un avis radical, ainsi que tous ceux qui ont une opinion similaire à la mienne. Non que « radical » soit une insulte, mais le terme est utilisé pour dire que notre avis ne compte pas.

Mon impression finale est que nous avons là un groupe de personnes qui voulaient vraiment faire les choses bien (Karin Viard a dit qu’elle n’avait pas dormi parfois, par peur d’être mal perçue par la communauté sourde), et sont malgré tout passés à côté, sous le prétexte que leur film n’est pas un documentaire mais une histoire de séparation et de départ. Parfois, j’ai peur de dire quelque chose de faux, d’insultant, et/ou d’irrespectueux, mais au moins j’essaie de réfléchir à la façon dont je parle et de m’instruire, quelque chose qui ne semble pas avoir été pris en considération dans ce film.

Tags: Deaf, awareness, cinema